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Structures formelles du langage - UMR 7023
 
 

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Danse et cognition

Labex Arts H2H (2012-2016)

 

Labex Arts H2H
Responsable : A. Bachrach (2012-2016)
coll : Corinne Jola (post-doc, ANR - CONSTRUCT)

Collaboration avec le projet ANR CONSTRUCT - Neural bases of constituent structure=ANR-10-BLAN-1403] (resp. Christophe Pallier) (2012-2013)

Page du projet

Neuro-sciences cognitives de la danse

1.Empathie et composition

La relation entre nos propres actions et la perception d’actions effectuées par d’autres a longtemps été un thème débattu par les sciences cognitives. Les avancées en neuro-imagerie humaine non-intrusive chez les humains et la découverte des neurones miroirs (Rizzolatti Craighero 2004) chez les singes ont contribué à ce débat d’un point de vue empirique et conceptuel. En particulier, le modèle du correspondance direct — où nos représentations du mouvement ou de l’action exécutés par quelqu’un d’autre nous font utiliser les mêmes mécanismes neuro-cognitifs qui servent à représenter nos propres actions —, a bénéficié d’un attrait considérable ces dernières années.

Un sujet de recherche associé, particulièrement pertinent pour les arts du spectacle, est la relation entre ce modèle de correspondance direct et l’empathie kinesthésique, notre capacité à ressentir l’empathie simplement en observant les mouvements d’un autre être humain (Iacoboni 2009).

La danse et son observation offrent un cadre idéal pour traiter de ces questions. En effet, l’art de la danse peut être pensé comme une étude intuitive de la relation entre le mouvement et son observation, et de nombreux spectateurs de danse décrivent leur relation esthétique à la danse en termes physiques. Un certain nombre d’articles fMRI récents se sont d’ailleurs penchés sur la question de la réponse à l’observation de la danse (CalvoMerino 2005).

Ces études ont démontré que les experts en danse montraient une activation accrue du fameux réseau de neurones miroirs lors de l’observation de la danse (un réseau de régions connu pour servir la planification et l’exécution d’actions, dont des neurones-miroirs, ont été identifiés chez des primates homologues Ces phénomènes sont observés en particulier lorsqu’il s’agit du style de danse et du vocabulaire spécifique de mouvements que les experts pratiquent eux-même (voir Blaesing et al 2012 pour un état de l’art).

Cependant, une pièce de danse n’est pas un ensemble de mouvements arbitraires rassemblés, mais plutôt la composition intentionnelle d’un auteur, en l’occurrence le chorégraphe. Les théoriciens de la danse (e. g. Forster 2010) ainsi que les interprètes et spectateurs de danse recherchent et débattent sur la “signification” d’une pièce ou la sensation esthétique associée, non seulement en termes de gestuelle individuelle, mais aussi en termes de phrases complètes, de paragraphes ou même de sections d’une pièce.

Dans l’expérimentation en cours, nous tenterons de distinguer, en utilisant l’imagerie fonctionnelle (IRMf), la réponse neuronale à des gestes de danse eux-mêmes de la réponse à des phrases composées. Pour ce faire, nous utiliserons un paradigme déstructurant (Pallier et al 2011). Des phrases de danse spécialement conçues pour cette expérimentation par un chorégraphe professionnel seront présentées, intactes, à un sujet (expert), puis à des niveaux croissants de déstructuration (scrambling). Nous utiliserons une analyse paramétrique afin d’identifier les régions du cerveau dont l’activité est modulée par des différences dans la structure compositionnelle en fonction des conditions.

Une attention toute particulière sera portée à la question neuronale du recoupement entre ces régions, le réseau de neurones-miroirs (montrant une activité durant l’observation de la danse)et les régions impliquées dans la composition dans d’autres domaines tels que le langage et la musique (Pallier et al., en préparation).

2. Prédiction et entropie dans l’observation de la danse

L’observation de la danse n’est pas un état passif, mais plutôt une action perceptive (dans la tradition de Gibson 1966). Comme il l’a été montré par Stevens et al 2010 en utilisant le suivi de regard, les observateurs et experts de la danse anticipent (prédisent) les événements à venir durant l’observation d’une pièce de danse. Hagendoorn (2004) suggère que les chorégraphes dialoguent avec les attentes d’un spectateur en créant une pièce de danse, et il ajoute que l’expérience esthétique du visionnage de la danse émerge d’un (dés-)accord entre ces attentes et le mouvement présent sur scène. Des perspectives similaires ont été adoptées par de nombreux chercheurs en relation avec la (neuro) esthétique de la perception musicale (Salimpoor et al 2011).

Le focus particulier de ce projet est l’état d’(in)certitude généré par une pièce de danse qui se déroule, ainsi que sa relation à l’expérience esthétique subjective. Afin d’apporter des éléments de réponse à cette question, nous utiliserons une approche que j’ai développée dans ma thèse sur la compréhension du langage (à partir de travaux antérieurs portant sur le visionnage de films, Hasson et al 2004). Les sujets seront scannés (ainsi que monitorés pour les réponses physiologiques) lorsqu’ils regardent de courtes pièces de danse contemporaine. Nous utiliserons les méthodes de la suivi de regard en dehors du scanner (en collaboration avec Kate Stevens) afin de quantifier l’état évolutif d’incertitude induit par ces pièces de danse. De plus, nous collecterons des rapports subjectifs (émanant des sujets eux-mêmes) et nous produirons des analyses théoriques de ces pièces de danse (en collaboration avec le département de danse de Paris 8). Ces diverses mesures seront corrélées avec le temps de réponse du cerveau pour identifier les corrélats neuronaux d’incertitude et sa relation à la structure d’une pièce de danse, ainsi que l’expérience esthétique subjective qui en résulte (mesurée à la fois de façon explicite et implicite).

Danse et performance en tant que neuroscience

Au contraire du sens commun qui oppose les arts et les sciences, cet axe se propose de considérer les arts performatifs, et en particulier les pratiques improvisationnelles et somatiques, comme des procédures scientifiques dont l’objectif d’étude est étroitement lié à celui des neurosciences cognitives (e.g. la conscience, la représentation de l’action, la volition, l’orientation spatiale, l’imagerie, l’expertise, etc.). L’activité regroupée sous cet axe inclura tout d’abord le développement et la diffusion d’une approche pédagogique tentant d’initier des peformeurs (danseurs, acteurs, etc.) et des praticiens somatiques aux thèmes des neurosciences cognitives au travers de pratiques fondées en studio sur les outils pédagogiques de Steve Paxton (Materials for the spine) et Lisa Nelson (the tuning score). Le public visé sera à la fois généraliste (au travers d’une collaboration avec le studio Keller à Paris) ainsi que des professionnelles et étudiants en arts performatifs à Paris 8 (Arts, mention Musique, spécialité Danse), Paris 10 (master professionnel Mise en scène et Dramaturgie) et à Smith College (MA, USA). Dans un second temps, ces outils seront utilisés pour conduire des expérimentations phénoménologiques documentées et quantifiées qui seront soumises à publication.

Quand la performance rencontre les Neurosciences

Une troisième partie de ce projet sera réalisée à la fin de l’année 2012 ou au début de 2013 en collaboration avec l’équipe HAR (paris 10). C’est une courte résidence/rencontre entre artistes (théâtre et interprètes en danse), chercheurs en arts performatifs et neuroscientifiques cognitifs. Ce programme de résidence sera développé au cours d’ateliers d’observation et d’échange sur les thèmes d’intérêt commun mentionnés dans la section B. Le format inclura à la fois des lectures (frontales) et des sessions pratiques de danse/mouvement/somatique afin de favoriser l’enrichissement interdisciplinaire.

 

Journées

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