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Structures formelles du langage - UMR 7023
 
 

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GDR Groupe de Recherche sur le Calcul Indigène (GRCI)

Le Groupe de Recherche sur le Calcul Indigène a été créé en 2002.
Responsable : Pierre Pica

 

Le groupe de Recherche sur Le Calcul Indigène (GRCI) a été créé en 2002.

Issu d’une collaboration interdisciplinaire entre des spécialistes de neuro-imagerie de l’INSERM, autour de Stanislas Dehaene (Directeur de l’Unité ’neuro-imagerie’ INSERM 562), (aujourd’hui titulaire de la chaire de Psychologie du Collège de France) ; de spécialistes du développement cognitif, autour d’Elizabeth Spelke et Véronique Izard(LPP (CNRS)) et de linguistes, autour de Pierre Pica (UMR 7023).

Ce groupe développe depuis une dizaine d’années une recherche interdisciplinaire sur les capacités cognitives des Mundurucus dans le domaine du nombre, un peuple qui ne possède de noms de nombre que jusqu’à quatre.

Les résultats de ces recherches ont montré que l’étude d’un système du type ’un, deux, trois beaucoup’ étaye l’hypothèse selon laquelle la notion de nombre peut être dérivée d’un certain nombre de sous-domaines correspondant à des "intuitions" ou connaissances préverbales distinctes.

Ces intuitions correspondent à des propriétés psycho-physiologiques particulières pouvant être mises à jour par des expériences mettant en jeu la comparaison de deux nuages de points disposés de façon à éviter les facteurs non-numériques, ou, la disposition de quantité sur un segment étiquetté.

Les premières expériences ont en particulier montré que les mundurucus appréhendaient les numérosités par estimation et que l’imprécision de cette estimation mesurée par son écart-type croit linéairement avec le nombre exprimé selon une contrainte de proportionnalité appelée coéfficient de Weber.

Des expériences plus récentes ont montré que les mundurucus dépourvus d’éducation mathématique accordent plus de place aux petits nombres qu’aux grands nombres, suggérant qu’une échelle de similarité logarithmique fait partie des intuitions fondamentales de l’humanité.

Ces résultats recoupent de façon très précise les résultats antérieurs obtenus chez les jeunes enfants (qu’ils soient occidentaux ou non), résultats dont les dont les substrats neurologiques ont pu être identifiés chez l’homme et les autres primates.

L’étude détaillée su système mundurucu (Izard & al (2008.a) a par ailleurs permis de confirmer l’hypothèse, formulée dès 2004, selon laquelle l’hypothèse la perception de la numérosité chez les mundurucus mettait en jeu trois processus cognitifs distincts (la subitisation ou "subitizing" qui fait référence à l’appréhension immédiate des petites numérosités), l’estimation (qui permet d’évaluer de façon approximative la numérosité d’un ensemble), et le comptage (qui consiste à apparier un par un des objets dans une liste verbale (noms de nombre), ou non verbale (doigts, parties du corps), et, que ces différents processus sont présents chez le mundurucu (enfant ou adulte) et chez le jeune enfant occidental.

Les résultats de Pica & Lecomte (2008) qui étudient dans le détail le fait que le nombre de syllabes des nom de nombre correspond en mundurucu à la cardinalité exprimée par le nombre (2 syllabes pour 2 etc) étayent par ailleurs l’hypothèse selon laquelle la subitisation ne peut etre réduite à un cas particulier d’estimation (Revkin & al (2008)) et montrent clairement que les mécanismes employés dans l’estimation sont distincts de ceux encodés par le système linguistique.

Ces recherches et leur extension à l’étude des mundurucus scolarisés bilingues, ont par ailleurs permis de confirmer qu’il existe un sens des nombres permettant d’estimer des quantités, et que ce système semble servir de base au système de nombre exacts (tel que nous le connaissons dans l’arithmétique exacte par exemple).

La problématique de ce projet a vite débordé l’enjeu initial pour aborder d’autres questions liées aux intuitions de la géométrie euclidienne et non euclidienne.

Ce projet permet aujourd’hui d’aborder des notions telles que celles d’"invention culturelle" et d’étudier l’impact de l’éducation.

Certains résultats récents permettent par ailleurs de montrer que l’"intuition" sous-jacente à la multiplication n ’est pas entièrement partagée par les mundurucus (Izard & al (2009)). Cette découverte révèle différentes représentations des ensembles dans deux populations.

S’opposant à l’idée d’un relativisme culturel tel que le développent les tenants des versions contemporaines de Sapir-Whorf, le GRCI a, en particulier montré que les données obtenues auprès de populations ayant un accès restreint ou hétérogène à l’éducation, permettaient d’étayer l’hypothèse d’intuitions universelles en partie indépendantes du système linguistique.

Note

Plusieurs films illustrant le comptage ’mundurucu’ et les zones géographiques visitees peuvent être trouvés sur le site de la vidéothéque du Réseau Académique Parisien.

Des commentaires en anglais permettent en anglais permettant de mieux comprendre ces films sont disponibles ici.

 

Références et liens

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